Chroniques terriennes

07 juillet 2009

SUNSHINE CLEANING de Christine Jeffs

Si vous ne savez pas que « Sunshine cleaning » a été produit par la même équipe que « Little miss Sunshine », vous le devinerez très aisément car les mêmes thèmes jalonnent les deux films. Le van qui transportait la famille excentrique de « Little miss sunshine » sert ici de véhicule de fonction aux deux héroïnes du film qui tentent de faire fortune en nettoyant des scènes de crimes. On y retrouve également les théories du ‘winner’ (gagnant) et la marginalisation des enfants rêveurs.

La réalisatrice Christine Jeffs défend dans le film le concept très américain du ‘self-made man’ qu’on pourrait traduire en français de manière simplifiée par « quand on veut, on peut ». Exit alors tout le poids des origines sociales, tout n’est qu’une question de volonté. Ce dont essaie de se persuader Rose Laskowski, interprétée par Amy Adams, lorsqu’elle décide de changer de vie pour mieux subvenir aux besoins de son fils qu’elle élève seule. Commence alors une collaboration atypique avec sa sœur cadette, peu disposée en général à se salir les mains et à recevoir des ordres en échange d’un salaire..

Certaines scènes cocasses sont hilarantes mais la plupart sont enrobées de guimauve: on y pleure souvent et d’une manière beaucoup trop appuyée pour pouvoir émouvoir le spectateur. Pourtant le scénario ne manque pas de trouvailles mais la volonté de produire un succès à la « Little miss Sunshine » est évidente: elle contamine le film qui finit par perdre toute crédibilité.

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ETREINTES BRISEES de Pedro Almodovar

Mateo Blanco, aveugle depuis l’accident de voiture qui a coûté la vie à sa compagne Lena dont il était fou amoureux, continue de vivre de ses scénarios et se fait désormais appelé Harry Caine. Il est epaulé par son agent, amie de longue date et par son fils ; son passé le rattrape le jour où un certain Ray X vient quémander son aide pour la réalisation d’un film.

 

Almodovar est talentueux, cela ne fait aucun doute. Il sait s’entourer de grands acteurs qui subliment ses œuvres. Et, à de très rares exceptions près, on est assurés de passer de bons moments devant ses films. A chaque nouvelle sortie, la seule question qui nous taraude est donc : ce film saura-t-il autant nous toucher que Tout sur ma mère ou Parle avec elle ?

 

Malheureusement il semble que non : malgré la très belle interprétation de Pénélope Cruz et une première heure très prenante, le film traîne en longueur et après 1h30 dans la salle on a hâte qu’il se termine. Il est vrai que l’on retrouve les thèmes chers au réalisateur : l’amour impossible, les difficultés financières, la jalousie, la trahison...Toutefois Almodovar sait innover et avec Etreintes brisées c’est en rendant hommage au cinéma des années 50 qu’il nous racontera son histoire. Cependant, il manque la flamme, le grain de folie, le génie de ses premiers films qui nous bouleversaient encore longtemps après avoir quitté la salle. Au lieu de cela, Etreintes Brisées s’achève sur des scènes de pleurs et de bons sentiments. C’est à se demander si le réalisateur ne programmerait pas ses films pour qu’ils raflent des prix : de plus en plus consensuels, pathétiques et lacrymogènes, il est indéniable que le talent d’Almodovar décline avec les années.

 

A trop courir après la palme d’or, le réalisateur finit par perdre toute authenticité. Souhaitons qu'il l'ait, peut-être retrouvera-t-il ainsi toute sa créativité d’antan.

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LET'S MAKE MONEY de Erwin Wagenhofer

Ou la finance et les investisseurs qui dominent le monde. On sait tous que les plus riches s’enrichissent et que les plus démunis ne cessent de s’appauvrir. Pourtant qu’est-ce qui sous-tend ces injustices? C’est-ce qu’essaie de déchiffrer pour nous Erwin Wagenhofer dans son documentaire dans lequel il nous fait voyager d’un bout à l’autre de la planète au sein des paradis fiscaux et des constructions illégales ibériques, dans des champs de cotons où se tuent à la tache des centaines d’africains parmi lesquels de nombreux enfants et jusqu’à cette société du Mont Pèlerin qui « défend les droits des habitants des pays riches à profiter des biens accumulés sans les partager avec le reste de l’humanité ». Autrement dit: l’Afrique qui pourtant voit ses ouvriers et ses paysans subir les lois du marché tandis que les Etats-Unis et l’Europe, créateurs du tout-mondialisé, protègent les leurs.
Le propos du film nous bouscule: on sort de la salle effarés qu’un tel système économique mondial puisse continuer de fonctionner avec l’amical complicité de la majorité des chefs d’états. Pourtant Let’s make money ne brille pas par sa forme: le documentaire est un agencement de scénettes dans lesquelles on finit par se perdre; le réalisateur accentue la dimension dramatique de son film par des ralentis et des scènes artistiques inutiles alors qu’il aurait gagné à développer des situations et les propos de certains économistes. Néanmoins la pertinence du documentaire l’emporte sur les quelques défauts techniques. Dépêchez-vous avant qu’il ne disparaisse des salles!

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COUNTRY TEACHER de Bohdan Slama

Après avoir enseigné à Prague, un jeune professeur de biologie s’installe dans la campagne au grand dam de son entourage qui ne comprend pas les raisons de son exil.
Le réalisateur Bohdan Slama se serait  inspiré de l’histoire de deux de ses amis pour nourrir son film, ce qu’il aurait probablement dû éviter étant donné la grande banalité du scénario, soporifique et cafardeux. Tout y est sombre, mais sans raison apparente. On ressent l’influence des films de Ken Loach mais sans la verve, l’humour, la pertinence et la capacité (hors du commun) de rebondir des personnages. L’ersatz de happy end ne suscite  aucune émotion; prêcher la tolérance et la différence requiert plus de subtilités. Les acteurs sauvent la donne mais certainement pas le film. A éviter.

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FROST/NIXON de Ron Howard

Frost/Nixon est l’adaptation d’une pièce de Peter Morgan (scénariste de The Queen et du Dernier Roi d’Ecosse) qui s’inspire d’une interview de Richard Nixon mené par l‘animateur d’émission variété britannique David Frost, durant laquelle le 37ème président des Etats-Unis admet ses torts concernant l’affaire du Watergate, et ce trois ans après la procédure d’impeachment qui l’a contraint à démissionner. 
Nixon n’a jamais été jugé et ne s’était jamais excusé de ces fameuses mises sur écoute de certains dirigeants du parti démocrate avant cette célèbre et retentissante interview qui réunit à l’époque plus de 45 millions de téléspectateurs sur le sol américain. Le moins que l’on puisse concéder à cette reconstitution fictive est certainement toute sa dimension instructive que mettent en exergue les interprétations des deux protagonistes principaux notamment celle de Nixon incarné par Frank Langella, épatant de vérité, qui parvient à surpasser les innombrables caricatures et précédentes interprétations du président américain.
Le thème était donc suffisamment alléchant pour accrocher le public, pourquoi alors le surcharger d’effets et le construire comme un film d’action? La chronologie des faits a été remaniée pour servir une structure narrative consensuelle et hollywoodienne, à la fois nourrie de suspens mais dénuée de toute surprise, ternissant ainsi la trame centrale historique que la présence accessoire du personnage féminin incarné par Rebecca Hall décrédibilise encore davantage. La personnalité de Nixon n’est pas assez étoffée et sa repentance finale fragilise et victimise un homme autrement plus complexe et manipulateur. De plus cette interview-procès a des allures apologétiques des médias et notamment de la télévision qui nous apparaît comme un vecteur de vérité et de probité. L’esthétique du film l’emporte indéniablement sur la véracité et la rigueur du propos, constat extrêmement frustrant quand on sait que le talent n’est  pas en cause car le cinéma américain excelle souvent dans l’exercice de style politique. Le film restera néanmoins un bon outil didactique pour les professeurs en mal d’inspiration.

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TOKYO SONATA de Kiyoshi Kurosawa

A l’instar d’Une famille brésilienne de Walter Salles, Tokyo sonata aurait pu être rebaptisé « une famille japonaise ». Kiyoshi Kurosawa veut nous parler du Japon actuel et s’attarde donc sur le microcosme qu’est la famille au sein de laquelle toutes les problématiques nippones se nichent et éclosent. Le père, cadre dans une entreprise, se fait licencier car une délocalisation en Chine se prépare. Humilié et incapable de retrouver un statut professionnel similaire, eu égard à son âge (il a 46 ans), il décide de ne rien dire à sa famille et continue chaque matin à endosser son costard pour sauver les apparences. Il erre ainsi dans les rues tentaculaires de Tokyo où il finit par rejoindre la horde de salariés au chômage faisant la queue, avec des SDF, à la soupe populaire. Ce silence, cet enfermement, l’empêchent également de communiquer avec ses enfants avec lesquels il est en conflit permanent : il refuse que le premier s’engage dans l’armée américaine et que l’autre prenne des leçons de piano. Aux traditions et codes d’honneur qui empoisonnent déjà la vie sociale japonaise s’ajoutent les lois dévastatrices du capitalisme et de la mondialisation qui décrètent que tout ce qui n’est pas jeune, extra-productif et peu cher n’a plus sa place sur le marché du travail. Le cercle familial, enfermé dans cet absurde silence finit par éclater.

On regrettera une dimension onirique finale en digression avec la structure narrative linéaire ainsi que quelques longueurs qu’accentue un sentiment de déjà-vu : en effet la thématique, bien que très en rapport avec la situation économique et politique actuelle du Japon, entre en résonnance avec beaucoup d’autres films (Chute libre, Yiyi …) plus achevés que Tokyo Sonata. Bien que puissant sur le plan international, le Japon semble un géant qui peine à avancer et qu’un rien pourrait faire basculer, phénomène qui n’épargne aucun pays occidental gangrénés par les conséquences d’un ordre économique néolibéral dont on peut actuellement apprécier les ravages.

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UNE FAMILLE BRESILIENNE de Walter Salles et Daniela Thomas

Avec Carnets de voyage, Walter Salles nous avait habitués à un cinéma beaucoup plus aseptisé, édulcoré dans lequel les propos s’effaçaient devant les bons sentiments. Dans une famille brésilienne le consensus a disparu pour faire place à un réalisme cruel au travers du portrait d’un Brésil en perdition symbolisé par une mère enceinte et ses quatre enfants tous nés de pères différents. Le plus jeune ne cherche qu’à retrouver son père, l’adolescent rêve de percer dans le football mais son âge le rattrape, le troisième se réfugie dans la religion afin de donner un sens à sa vie et le dernier, déjà papa, peine à gagner sa vie en tant que coursier. Dans cette immense Sao Paulo étouffée par les embouteillages, toute évolution paraît impossible. Tous les efforts des protagonistes pour se libérer de la misère quotidienne et d’un avenir qui semble déjà tout tracé restent vains : aucune issue n’est possible. D’ailleurs le titre original Linha de passe qui définit un exercice de passes entre plusieurs joueurs de football sans que le ballon ne touche le sol a son importance car il évoque l’exercice d’équilibriste des personnages : tant que les liens familiaux restent forts, rien n’est perdu. Si le ballon s’arrête de voyager, l’illégalité, la délinquance, la folie, l’amertume à portée de main, sont inéluctables. Walter Salles s’autorise la comparaison avec le sport national et les notions de personnel/collectif et insiste un peu trop (peut-être le seul reproche à faire au film) sur l’importance des liens fraternels qui, dans ce cas précis, maintiennent in extremis les personnages hors de l’eau. La fin se veut optimiste : le réalisateur place tous ses espoirs dans l’énergie débordante de la jeunesse brésilienne qui va de l’avant. Malgré le constat dramatique, le spectateur, pourtant tristement perplexe, aura envie d’y croire autant que lui.

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FROZEN RIVER de Courtney Hunt

Trafic d’immigrés clandestins à la frontière canadienne. Réserves d’indiens marginalisés et englués dans des situations juridiques absurdes. Travail précaire. Mère célibataire avec deux enfants. Jeux d’argent. Ignorance. Intolérance et préjugés.

Courtney Hunt s’empare de tous ces sujets et, accompagnée d’une actrice formidable, nous dépeint des destins difficiles que l’injustice économique et sociale des Etats-Unis ne fait qu’empirer. En peu de mots, les émotions circulent, les non-dits s' expriment. C’est sûrement ce à quoi aspirent énormément de réalisateurs : le silence prolixe. La réalisatrice y ajoute en plus action et suspense. On est rarement déçus par le cinéma indépendant américain : lorsqu’on est émus, bousculés et que l’on s’interroge longtemps après avoir quitté la salle, c’est que le film a brillamment rempli ses fonctions.

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ESPION(S) de Nicolas Saada

Nicolas Saada évite soigneusement les pièges dans lesquels s’était si facilement emmêlé Philip Haim : pas de personnages uni-dimensionnels, pas d’équipe sur-vitaminée travaillant d’arrache-pied dans des salles tapissées d’ordinateurs dernier cri, pas de scènes d’amour inutiles. Tout est dosé et habilement mis en scène pour surprendre le spectateur et l’inciter à ne plus présumer de la progression de l’intrigue. D’après Saada,  la langue anglaise est indissociable du film d’espionnage, on suit ainsi craintivement l’ex-critique des Cahiers du cinéma à Londres où Vincent (Guillaume Canet) collabore avec Le MI-5, les services secrets britanniques. En terrain hostile, Vincent devra séduire l’épouse française d’un homme d’affaires anglais soupçonné de soutenir le terrorisme syrien et la contraindra à coopérer avec son équipe au nom de l’enquête. Mais il finira par s’attacher à elle à notre plus grand regret. Car cette relation qui est censée nous émouvoir ne nous touche pas du tout : elle manque de vraisemblance notamment parce que le personnage féminin n’est pas assez étoffé. Même si le scénario nous emballe, Espion(s) ne fait partie de ces films qui laissent en nous une petite trace indélébile, il n’en est pas moins un bon divertissement.

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DES ENVOYES TRES SPECIAUX de Frédéric Auburtin

Il est des films que l’on n’a pas besoin de voir pour savoir qu’ils sont mauvais : « Des envoyés très spéciaux » en fait partie. Tout est mauvais : les acteurs, le scénario, la mise en scène, les dialogues, la musique, le cadrage…alors que paradoxalement le sujet de fond, la manipulation des médias, est extrêmement intéressant. Mais à défaut de s’en emparer pour s’attaquer à l’univers du journalisme dans un réquisitoire à la fois didactique, intelligent et pourquoi pas drôle, le réalisateur Frédéric Auburtin, plus soucieux d’amasser les foules dans les salles de cinéma, se contente de fabriquer une énième comédie aux gags prévisibles et grossièrement débités par les deux sempiternels personnages de duo comiques : le demeuré (Gérard Jugnot) et le baraqué (Gérard Lanvin).

Si vous souhaitez en savoir plus sur le pouvoir des médias ou la manipulation des images via la télévison et la presse écrite, voyez plutôt l’excellent documentaire de Mark Achbar: « Chomsky, les médias et les illusions nécessaires » ou lisez « Les nouveaux chiens de garde » de Serge Halimi, deux œuvres qui dénoncent, preuves et faits historiques à l’appui, des médias dominés par une pensée de marché. Pertinence ,culot et réelle  volonté d'informer, des qualités qui font cruellement défaut à « Des envoyés très spéciaux ».

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SLUMDOG MILLIONNIARE de Danny Boyle

 Adapté du roman de Vikas Swarup Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire, Slumdog Millionnaire est un conte foisonnant qui nous transporte avec force et allégresse dans une inde survoltée et colorée.

Jamal et Salim, deux frères malicieux qui connaissent leur bidonville comme leur poche vivent heureux avec leur mère qui va sauvagement être assassinée devant leur yeux. Tandis que Salim sombre petit à petit dans la violence, Jamal n’à qu’une idée en tête : retrouver Latika, une amie d’enfance. Il ira jusqu'à participer au « Qui veut gagner des millions » indien pour que celle-ci puisse le contacter. Quand il est sur le point de répondre à la dernière question qui fera de lui un homme riche, il est arrêté pour tricherie. Devant l’inspecteur chargé de l’enquête, il se met ainsi à justifier toutes ses réponses en lui détaillant son parcours depuis le décès tragique de sa mère à ses errances à travers l’Inde accompagné de son grand frère. Sans jamais s’apitoyer sur les indiens, leurs conditions de vie, leur pauvreté, Danny Boyle impressionné, filme ce pays avec admiration et réalisme : torture, violences ethniques, mépris des plus pauvres, exploitations d’enfants orphelins…L’Inde est un pays de contraste où les très riches côtoient les très pauvres, où les gratte-ciels s’élèvent entre les taudis,  symptômes d’une mondialisation galopante qui n’épargne personne.

Paradoxalement, on est amusés : par l’innocence gauche de Jamal, par la bêtise des touristes et mille autres petits détails qui participent considérablement à la réussite du film. Bercés, choqués, terrorisés, amusés, impressionnés sont autant de phases par lesquelles le spectateur passera. Il sera juste un peu déçu par la tournure bollywoodienne que prend la fin du film quand Jamal retrouve sa bien-aimée (ersatz d’indienne occidentalisée) lors d’une scène des plus clichés. Mais il suffit d’y voir un hommage au cinéma indien, le plus gros producteur de long-métrages avant les Etats-Unis, pour finalement se réconcilier avec Slumdog Millionnaire et sortir de la salle ravis.

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09 janvier 2009

"Che, l'argentin" de Steven Soderbergh

Steven Soderbergh planchait sur ce projet depuis sept ans déjà. Et bien que plus intéressé par la campagne menée en Bolivie par Guevara, il devra s’attarder dans ce premier volet, L’Argentin, sur les prémices d’une révolution et les premiers pas du Che dans la lutte armée.

Mexico, 1955. Ernesto Guevara rencontre pour la première fois Fidel Castro et leur désir commun de renverser le gouvernement cubain du dictateur Fulgencio Batista les pousse à embarquer l’année suivante sur un yacht, direction cuba, accompagnés de quatre-vingt combattants. Attaqués dès leur arrivée par l’armée du dictateur, douze d’entre eux seulement s’en sortent vivants et se réfugient dans les montagnes de la Sierra Maestra pour lancer une guérilla contre le régime de Batista. On suit ainsi Guevara et ses troupes jusqu’au 2 juillet 1959, date à laquelle ils s’emparent de La Havane.

Toute la réussite de Soderbergh , qui s’est inspiré des écrits du Che, réside dans sa capacité à nous dépeindre l’évolution d’un homme et non la création romancée d’un mythe ou d’un héros. Il se sert adroitement des interventions du Che à l’ONU en 1964 et auprès de la presse américaine (qui ponctuent le récit) pour nous détailler son programme politique, ce qui lui permet dans le reste du film de se concentrer sur un Che combattant forgé au cœur des montagnes cubaines: détails sur la vie en commun des troupes, nouvelles recrues, importance pour le Che de l’éducation des guérilléros, (« un peuple qui ne sait ni lire ni écrire est un peuple facile à manipuler »), querelles, traîtrises, exécution des traîtres, soins médicaux gratuits prodigués aux paysans afin de gagner leur confiance..Tout ceci filmé avec un souci du détail qui amplifie la vraisemblance d’un récit transcendé par la très juste interprétation de Benicio Del Toro.

On ne peut qu’être fascinés par un tel personnage qui se bat et mourra pour ses idées. Ce qu’il a pu commettre de préjudiciable importe peu ici : car c’est avant tout un homme droit et militant qui, accompagné de Fidel Castro et d’une poignée d’hommes, s’est opposé au mastodonte qu’était (et qu’est toujours) l’impérialisme nord-américain. Mais il ne faut pas oublier que Che - L’Argentin est avant tout une fiction et l’œuvre subjective d’un seul homme qu’il faut savoir apprécier en tant que telle. A ceux que cela déplaira, le film aura au moins le mérite de susciter la curiosité et de nous interroger : et nous quel combat menons-nous ?

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L'élection de Barack Obama? « The West Wing » (1) l’avait prédit!

Ce qui ressemble à priori à l'exclamation un peu extrême d'un fan de The West Wing est en réalité le thème d'un article du New York Times (2) paru quelques jours avant les élections présidentielles américaines.

Dans cet article, Brian Stelter (3) constate l'étonnante ressemblance qui existe entre le candidat fictif Matthew Santos de la série au cours des sixième et septième saisons et l'actuel président américain Barack Obama: âgés d'une quarantaine d'années, ils sont tous les deux issus d'une minorité visible (l'une noire, l'autre hispanique), ont deux enfants, se lancent dans une course qui semble perdue d'avance et refusent d'être stigmatisés par leur origine « socio-raciale » mais désirent au contraire incarner l’emblème d’une Amérique nouvelle.

Certains sites internet de journaux avaient été jusqu'à accuser Obama de plagier le parcours du personnage de la série!(4) Mais il s'avère qu' Eli Attie (5), l'un des scénaristes de la série, s'est en réalité inspiré d'Obama ainsi que de McCain en 2004 pour créer les personnages de Santos et de Vinick, le candidat républicain; certaines similitudes étaient donc prévisibles mais cela devrait s'arrêter là; or dans la série tout comme dans la réalité (des années plus tard), des événements réels coïncident parfaitement avec la fiction: l'équipe de Santos a une longueur d'avance sur son adversaire en ce qui concerne la gestion de l'information par le biais de l'outil informatique et cette même équipe devine que les électeurs risquent de mentir sur leur enclin à voter pour un candidat issu d'une minorité. Même les choix des vice-présidents sont identiques: le démocrate choisit un vétéran de Washington pour une plus grande maîtrise de la politique extérieure du pays tandis que le républicain s'allie à un gouverneur conservateur pour renforcer les convictions du parti. (2)

Santos finit par l'emporter après une nuit d'élection très mouvementée. Les fans de la série, durant les mois précédent les élections, s'interrogent alors: Barack Obama aura-t-il le même destin que Matthew Santos? Sur un blog du Telegraph quelques semaines avant les élections on pouvait lire en gros titre d'un article : « Barack Obama va l'emporter: tout est dans « The West Wing »(6); le journaliste terminait: «..mes opinions n'auront aucun impact, il ne s'agit pas de cela. Tout s'est décidé quand Aaron Sorkin s'est emparé de son stylo. Il y a une divinité qui dessine nos destins, les taille selon notre bon vouloir. »(7) Les dons divinatoires que prêtent Hannan à Sorkin peuvent paraître absurdes mais ils prennent tout leur sens lorsque l'on a pu apprécier les deux dernières saisons de la série avant l'élection de Barack Obama.

Quand j'entendais dire que des séries comme 24 avaient préparé les américains à un candidat de couleur, je jugeais le propos excessif; le fait est qu'on se contentait de citer des articles de journaux comme le New York Times qui reconnaissent maintenant l'influence que peuvent avoir certaines séries sur la politique nationale du pays. D'ailleurs beaucoup d'autres (The Herald Tribune, le site de la chaîne NBC...) se sont empressés, avec amusement, de citer cet article en essayant d'y apporter des éléments nouveaux.

Quelle plus grande récompense pour Aaron Sorkin, John Wells et Eli Attie que de voir à la tête de leur pays un homme auquel ils avaient seulement rêvé à travers la télévision! Leur pouvoir performatif mis à part, il semble que ces hommes aient été suffisamment attentifs à l'évolution de leur pays, politiquement, socialement, sociologiquement au point d'être capable de sentir le vent (et les opinions) tourner. Aux Etats-Unis, le talent des créateurs et des scénaristes de séries est indissociable de leur engagement politique: ainsi armés de leurs convictions et de leurs frustrations face au gouvernement en place, quoi de plus satisfaisant, comme acte de résistance, que de façonner des dirigeants politiques tels qu'on aimerait qu'ils soient, tels qu'on souhaiterait qu'ils agissent?

Entièrement ancrées dans l'Amérique actuelle, ces séries jonglent avec les aléas de la vie politique aussi naturellement qu'il serait impossible de voir un groupe d'adolescents débattre avec conviction, dans une série française, des querelles au sein du parti socialiste ou même s'en prendre violemment à la privatisation de La Poste décidée par Nicolas Sarkozy. Tandis que dans Sex and the city Frank Rich (8), Fran Lebowitz (9) et Ed Koch (10) défilent avec Carrie, que Miranda quand elle ne se débat pas contre ses démons amoureux et sexuels, lit le New York Times et regarde The Daily Show(11), que Claire crie sa haine de Bush dans Six Feet Under devant une famille endeuillée, que Rory, dans Gilmore Girls, dissimule occasionnellement son T-shirt « Go away Bush! » (Va-t-en Bush!) par crainte de choquer sa grand-mère conservatrice, et qu'elle troque, avec ses camarades de classe, les posters des célébrités contre des affiches sur lesquelles on peut voir Noam Chomsky (12) ou lire un  réquisitoire contre la guerre entre Irak.

La promptitude des américains à traiter des sujets brûlants nous avait déjà agréablement surpris par le passé lorsque des séries comme The West Wing, Third Watch (New York 911) ou Without a Trace (FBI portés disparus), s'étaient emparées avec brio des évènements du 11 septembre et avaient usés de leur notoriété pour des appels à la tolérance. Ce fut aussi une agréable surprise de voir la campagne d'Obama abordée dans l'excentrique et décalé Gilmore Girls: dans la petite ville de Stars Hollow peuplée de personnages surréalistes, on y croise parfois Stephen et Norman Mailer (13), Christina Amanpour (14) mais on y suit surtout Lorelai Gilmore, pétillante mère célibataire et sa jeune fille Rory, étudiante brillante, qui après s'être vu refusée le stage de ses rêves au New York Times et après avoir décliné la demande en mariage de son riche petit ami, va finir par être engagée par un site web en tant que journaliste pour suivre en bus, avec des reporters de tous le pays, Barack Obama tout au long de sa campagne à travers les Etats-unis. Dans le dernier épisode de la série, sa mère l'accompagne dans ses derniers préparatifs avant le long voyage et essaie de la convaincre d'emporter un sac-banane où cas où le sénateur aurait envie d'un chewing-gum, ce qui pourrait faire d'elle, d'après sa mère: « une copine de chewing-gum avec le futur président des Etats-unis! »(15) On est alors au début de l'année 2007.

Rory Gilmore s'en va suivre la campagne de Barack Obama qui semble, lui, suivre les traces de Matthew Santos ; ces personnages sont les symboles forts de l'ambition grisante et iconoclaste des séries américaines qui dans des élans parfois extralucides nous dépeignent des vies, des destins qui s'amusent à se concrétiser. Conscients du pouvoir que peuvent renfermer une séquence, un personnage, une scène, leurs créateurs sont bien décidés à prendre une avance sur le temps qui passe pour nous parler d'un avenir, d'une époque dont ils aimeraient tant faire partie.

Ces séries sont pour eux autant que pour nous, téléspectateurs, une sorte de refuge, un exutoire qui bien au-delà du divertissement, fascinent tout en nous rappelant, comme tous les grands résistants de l'Histoire, que muni d’un peu de volonté nous pouvons changer le cours et l'ordre des choses. 



(1)  [i]The West Wing (A la Maison Blanche), série créée en 1999 par Aaron Sorkin, produit par John Wells arrêtée en 2006, diffusion sur NBC.

(2)  Following the script: Obama, McCain and ‘The West Wing’ tiré du The New York Times, 30 octobre 2008

(3)    Brian Stelter, journaliste américain au New York Times.

(4)  Daniel Hannan, journaliste britannique au The Telegraph. Article du 13 octobre 2008 :  http://blogs.telegraph.co.uk/daniel_hannan/blog/2008/10/13/barack_obama
_will_win_its_all_in_the_west_wing

(5)  Eli attie, co-scénariste de The West Wing, collaborateur de l'ancien vice-président Al Gore.

(6)  ''Barack Obama will win: it's all in « The West Wing »''

(7)  « ..not that my opinions will have the slightest impact, of course. The thing was fated when Aaron Sorkin took up his pen. There's a divinity that shapes our ends, rough-hew them how we will. »

(8)  Frank Rich, journaliste américain au New York Times

(9)  Fran Lebowitz, écrivaine américaine

(10) Ed Koch, homme politique américain

(11) The Daily Show animé par Jon Stewart et diffusé sur la câblée Comedy Central du lundi eu jeudi est un faux journal satirique qui s'en prend avec férocité et humour au gouvernement américain en place, tous partis confondus

(12) Noam Chomsky, linguiste, écrivain, intellectuel américain.

(13) Norman Mailer, écrivain américain et son fils Stephen, acteur américain

(14) Christina Amanpour, journaliste britannique et correspondante internationale en chef pour CNN.

(15) «..a gum-buddy with the future president of the United States!» Gilmore Girls (2000-2007), saison 7, épisode 22.

 

 

 

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27 décembre 2008

"La terre des hommes rouges" (Birdwatchers)

 Des touristes en pleine Amazonie aperçoivent un groupe d'Indiens aux visages couverts de peinture rouge qui les menacent sans grande conviction en leur lançant quelques flèches. Quelques plans plus tard ces mêmes Indiens enfilent des jeans et des t-shirts tandis qu'une jeune femme-aux traits indiens- adossée à son véhicule leur tend avec mépris quelques billets, tout en leur précisant que leur patronne pourrait de nouveau faire appel à eux.

Dès les premiers images, le réalisateur Marco Bechis bouleverse notre perception de la réalité et nous invite à nous interroger sur ce que l'on voit, ce que l'on croit voir et ce que l'on veut bien voir: de simples "spectateurs", tout comme ces touristes, (des "Birdwatchers"-observateurs d'oiseaux-titre anglais du film) nous voilà transformés en témoins directs de la lente disparition des Guarani-Kaoiwa de la région du Mato Grosso au sud du Brésil. Alcoolisme, misère, impossibilté de chasser donc de se nourrir, conséquence directe de la déforestation et de l'appropriation des terres par les Blancs, et suicides, déciment lentement leur peuple. En signe de protestation Nadio, le chef de tribu, et une poignée d'entre eux décident de reprendre la terre qui, juridiquement, ne leur appartient plus. S'ensuit alors un véritable bras de fer avec les riches propriétaires terriens qui iront jusqu'à asperger les campements de la réserve et leurs habitants de produits toxiques, tels des mauvaises herbes à éliminer.
Le réalisateur italo-chilien, à travers un récit loin de tout manichéisme, nous dresse un tableau sans appel: la colonisation qui se poursuit dans ces territoires, la mondialisation, la déforestation ont progressivement dépouillé ces peuples de tout ce qu'ils possédaient. Le mode de vie de nos sociétés modernes et le consumérisme qui leur est propre ont peu à peu gangréné la civilisation indienne: les Guarani affichent le taux de suicide le plus élevé au monde. Malgré des liens qui semblent se nouer entre un Indien et la fille d'un propriétaire terrien, cette société est condamnée à disparaître, et l'Histoire continue, elle, de se répéter. James Joyce écrivait à juste titre: "il n'y a ni présent ni futur, mais un éternel recommencement du passé".

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"Les plages d'Agnès" d'Agnès Varda

Du Nord de la France à la Californie, Agnès Varda nous raconte sa vie au gré des plages qui l’ont traversée. De sa toute petite enfance à son sage regard de grand-mère, elle nous retrace parallèlement 60 ans d’histoire : la seconde guerre et ses pénuries, ses débuts de photographe au service de Jean Vilar, ses voyages en Chine, à Cuba et aux Etats-Unis pendant des périodes charnières de leur histoire, aux côtés de son compagnon d’une vie Jacques Demy. Sans formation cinématographique, elle réalise Cléo de 5 à 7 en 1962 faisant suite aux succès de A bout de souffle de Godard et Lola de Demy ; elle devient ainsi une cinéaste de talent « Nouvelle Vague ». Dans les plages d’Agnès, elle se confie simplement, munie de photos de famille, d’extraits de vidéos personnelles et de nombreux films, des récits de ses rencontres avec Jean-Luc Godard, Jim Morrison ou Gérard Philippe et des souvenirs de son engagement féministe en plein procès de Bobigny. Le spectateur aura un peu de mal à y entrer car le film démarre lentement mais, très vite plongé dans l’Histoire fascinante du cinéma et du monde des années d’après-guerre, il aura beaucoup de peine à en sortir. On la remercie de nous prêter son regard et sa mémoire nous permettant ainsi pendant un instant de devenir les témoins privilégiés de ces grands moments d’Histoire, de cinéma et de Varda.

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"L'apprenti" de Samuel Collardey

Mathieu, élève dans un lycée agricole, est apprenti au sein de la ferme de Paul, exploitant agricole. Celui-ci va le former durant toute une année au métier d’éleveur et s’imposera comme une figure paternelle qui fait cruellement défaut à Matthieu.

Après La vie moderne de Raymond Depardon, L’apprenti peut être interprété comme un appel à une réconciliation avec la nature. En ces temps du tout-béton, tout-électronique, jamais le paysan, l’agriculteur n’avaient paru plus contemporain. Dans ce film-documentaire, tous les acteurs jouent leur propre rôle. Le talent du réalisateur, Samuel Collardey, réside dans sa capacité à nous faire oublier la caméra en usant habilement de toutes les ressources que lui offre le cinéma. Il n’est pas question d’improvisation mais d’appropriation : le scénario est là pour fluidifier la narration sans rien ôter à l’authenticité des lieux et des personnages qui sonnent extraordinairement justes. Filmer le réel et en extraire toute sa poésie sur fond de Johnny Hallyday, c’est ambitieux et réussi.

 

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"L'emmerdeur" de Francis Veber

Pourquoi les français s'acharnent-ils à produire et à réaliser des comédies qui ne réussissent (à défaut de nous faire rire) qu'à nous agacer et à nous fâcher encore un peu plus avec son cinéma? C'est d'autant plus dramati-
-que lorsque l'on sait que l'emmerdeur est une réadaptation d'une des propres pièces du réalisateur, Francis Veber! Soit Veber manque réellement d'inspiration, soit il est atteint d'une nostalgie maladive qui le pousse à s'imaginer que rien ne vaut le cinéma des années 70. Il est en tout cas, pour sûr, dénué d'un certain sens de l'auto-critique. Les spectateurs ne pourront se sentir que méprisés et floués devant un tel spectacle. On ne les y reprendra plus.

 

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"Une famille chinoise" de Wang Xiaoshuai

Hehe est atteinte de leucémie. Mais comme la chimiothérapie ne fonctionne pas, il faut avoir recours à la greffe de moelle osseuse et le donneur idéal serait un frère ou une soeur né des deux mêmes parents. Sa mère se met alors en tête d'avoir une autre enfant avec le père de Hehe pour la sauver mais ils sont divorcés et tous deux se sont remariés.

Pékin en 2007; tout comme le chiffre de cet appartement que la mère de Hehe, agent immobilier, n'arrive pas à louer: la capitale que filme Wang Xiaoshuai est une suite d'immeubles gris et de terrains en chantier; la ville sans âme est le résultat des nombreuses restructurations urbaines qu'a subies la Chine ces vingt dernières années. Au sein de cette prolifération métallique, les deux familles recomposées, par des liens parfois fragiles, se débattent pour permettre à Hehe de vivre quelques années de plus. Les protagonistes s'expriment au travers de cet épais silence qui finit par nous oppresser. Non-dits, difficulté de communiquer avec l'autre..Surgit alors cette maladie qui fait fi des barrières et se révèle un catalyseur d'émotions. Tous s'interrogent mais finalement plus rien n'a d'importance quand il s'agit de cette petite fille: autour de Hehe, les normes s'écroulent et les liens se resserrent.


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"Pour Elle" de Fred Cavayé

Un homme est prêt à tout pour sauver son épouse condamnée à vingt ans de prison pour un crime qu'elle n'a pas commis. Organiser son évasion devient son obsession et ce qui l'empêche de s'effondrer. Fred Cavayé ne dénonce rien: armé de sa caméra et de son talent, il observe un instant de bonheur que le hasard d'une présence transforme en cauchemar. S'ensuit alors une plongée dans le monde sordide de l'illégalité; Julien (Vincent Lindon) se retrouve projeté au milieu d'un film d'action, réaliste, sans fioriture où les policiers n'endossent pas fatalement les rôles de pantins incompétents.

Notre coeur bat au rythme du danger. Les scènes de bonheur familial prêtent à sourire mais ça ne dure qu'un instant: la tension monte, la musique s'accélère et Julien se transforme en gangster: « Vous me dites que c'est un professeur de français ? » s'étonne amèrement l'inspecteur chargé de l'enquête lorsqu'il se retrouve face aux innombrables détails du plan d'action de Julien, de l'évasion de sa femme à leur fuite à l'étranger sous de fausses identités. Et pour cela il se démène jusqu'à une fin en laquelle on ne croyait pas. Peu importe si elle manque de crédibilité car c'est avant tout une ode à l'espoir et à la fidélité des sentiments. Fred Cavayé a su s'approprier avec dextérité l'essence des bons films d'action pour nous parler du puissant lien qui peut lier deux êtres. Chapeau!

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"Two lovers" de James Gray

Léonard, incarné par Joaquin Phoenix doit faire un choix : l'une est brune, responsable, d'une charmante douceur et correspond à un idéal familial, l'autre est blonde, presque irréelle, d'une beauté éthérée et amante d'un homme marié. Raison ou passion, éternel dilemme. James Gray, qui ne s'exprimait auparavant qu'au travers de flics véreux et de milieux mafieux, a voulu mettre en scène des personnages victimes de « déchirure sentimentale » qui tous s'aiment sans retour. Et dans ce manège auto-destructeur inspiré d'une nouvelle de Dostoëvski Les nuits blanches, ils sont inexorablement amenés à souffrir de cet amour que tous croient réels. Léonard promène son ridicule depuis son suicide manqué, scène d'ouverture du film, jusqu'à son envol raté. Et on s'interroge: que nous enseigne ce chassé-croisé sur un thème cent fois rebattu? Eh bien rien. On ne comprend pas l'auto-flagellation des personnages que des effets stylistiques trop appuyés rendent absurde. Les acteurs sont excellents  et  on observe Joaquin Phoenix avec plaisir comme dans un dernier round depuis l'annonce de la fin de sa carrière d'acteur, mais ils ne sauvent pas James Gray du ratage.

 

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